Napoléon Bonaparte porta toujours beaucoup d’attention à son hygiène personnelle préférant les ablutions à grande eau aux coquetteries des dandys et des aristocrates de l’Ancien Régime. Incommodé par les parfums entêtants, l’Empereur ne se parfuma jamais mais fit une consommation particulièrement abondante d’Eau de Cologne.

Si la toilette de l’Empereur était centrée autour de sa superbe athénienne, elle consistait également en des bains quotidiens dont l’eau très chaude emplissait de vapeur, à la manière des bains arabes, les pièces dévolues à cet usage. Madame de Rémusat (1780 – 1821), dame du palais auprès de Joséphine de Beauharnais (1763 – 1814), raconte dans ses Mémoires que l’Empereur, une fois lavé, « faisait de telles inondations [d’Eau de Cologne] sur sa personne qu’il en usait jusqu’à 60 rouleaux par mois » (les « rouleaux » étant le nom donné aux flacons de l’Eau Admirable de Farina).

Napoléon Bonaparte utilisait chaque jour environ 3 flacons de cette Eau de Cologne qui contenait environ 75 ml de fragrance.

Les Archives Nationales ont ainsi retrouvé une facture indiquant que pour le seul mois d’octobre 1808, il fut commandé 72 bouteilles d’Eau de Cologne ! Napoléon se faisait en effet généreusement verser de cette eau après sa toilette puis se frictionnait vigoureusement tout le corps à l’aide d’une brosse. Il attribuait à cette habitude – qu’il disait avoir rapportée d’Orient (comme peut-être ses longs bains chauds) – sa santé et la considérait comme des plus importantes. La petite histoire raconte qu’à la veille de chaque bataille décisive, il tenait à portée de main sur sa table de travail un des flacons verts de la maison Farina. Il attribuait à l’Eau de Cologne les mêmes qualités que l’on prête habituellement au café et, sur un mouchoir, il en faisait verser quelques gouttes qu’il portait à ses lèvres, puis à son fronts et ses tempes.

Vous aimez cet article ?

Tout comme Bonaparte, vous ne voulez pas être dérangé sans raison. Notre newsletter saura se faire discrète et vous permettra néanmoins de découvrir de nouvelles histoires et anecdotes, parfois peu connues du grand public.

Le manque cruel à Sainte-Hélène.

Cette fantastique consommation d’Eau de Cologne se heurta, lors de l’exil de l’Empereur, à l’absence notoire et néanmoins naturelle de parfumeur sur cette île perdue au beau milieu de l’Atlantique. Emmanuel de Las Cases (1766 – 1842), secrétaire particulier de Bonaparte à Sainte-Hélène, ne manque jamais de rappeler aux lecteurs de ses Mémoires la constance et le courage de l’Empereur face à l’adversité. Dans le cas de cette Eau de Cologne, il témoigne de la « privation réelle » que ce fut pour Bonaparte d’en manquer. Il faut donc que cette privation ait été bien grande pour que Las Cases nous la rapporte en ces termes. Privation telle que Bonaparte ne put la tolérer davantage et pria le Mamelouk Ali de lui confectionner une Eau de Cologne, donnant ainsi naissance au seul souvenir olfactif que nous possédions aujourd’hui de Napoléon.