Alors que la France quitte l’Ancien Régime pour se tourner vers un XIXe siècle plein de promesses, les habitudes vis-à-vis de l’hygiène changent doucement. L’eau prend une nouvelle place au centre des pratiques quotidiennes. Vases, bassins et athéniennes la subliment faisant d’elle un symbole de fraîcheur, de pureté et de simplicité essentiel aux personnes les plus raffinées.


Un usage simple dans le plus élégant des écrins

On connaît le soin méticuleux que Napoléon portait à son hygiène personnelle. À la vie comme à la guerre il favorisait l’efficacité sans perdre de vue l’importance de l’étiquette : si sa capacité à vivre en soldat le rendait populaire à ses troupes, son attachement aux objets du pouvoir faisait de lui un homme politique averti. Cette athénienne, bassin d’ablutions de luxe et objet pratique, remplissait admirablement ces deux exigences d’efficience et de représentation. Il la trouva tellement à son goût que, depuis les Tuileries à l’époque du Consulat jusqu’à Sainte-Hélène, l’impériale athénienne suivra l’Empereur des sommets à sa chute. Sur des dessins de Charles Percier (1764 – 1838), le tabletier Martin-Guillaume Biennais (1764 – 1843) mis tout son talent au service de ce mobilier de luxe fait de bronze, d’argent et d’if. D’élégants cygnes en bronze doré déploient des ailes majestueuses pour supporter un bassin en argent ciselé de motifs de roseaux.

Haut de 90 cm, ce meuble typique de son époque exalte le goût néoclassique dont les références à l’antiquité romaine séduisent par la simplicité des formes et le raffinement de ses matériaux - © Musée du Louvre, dist. RMN-GP / Thierry Ollivier

L’aiguière en argent servant à verser l’eau pour la toilette de Napoléon repose sur la tablette ornée en ses angles de dauphins. Tandis que de fines abeilles – emblèmes de l’Empereur – en bronze doré ornent l’athénienne, les dauphins, roseaux et cygnes évoquent le monde aquatique, la fraîcheur des lacs et des rivières métaphore poétique de l’usage dévolu à ce meuble.

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Un si doux larcin

Dans ses Mémoires, Louis-Joseph-Narcisse Marchand (1791-1873), premier valet de chambre de Napoléon narre comment, à l’issu des Cent-Jours (juin 1815), il déroba l’athénienne au Palais de l’Élysée – meuble qui aurait été immanquablement confisqué – avant que l’Empereur déchu ne soit exilé à Sainte-Hélène. Marchand témoigne : « L’Empereur avait loué ce meuble dans son usage, je savais de quelle privation il serait pour lui, il aimait après sa barbe, se mettre la figure dans beaucoup d’eau […] dans la pensée de lui être agréable, je le fis porter à ma voiture et je le couvris de mon manteau pour ne point éveiller l’attention des passants de Paris et sur la route. ».

Nul doute que Napoléon loua le larcin prévenant et délicat de son fidèle valet ! L’âpreté de la vie insulaire fut certainement adoucie par l’usage que fit Bonaparte de ce magnifique bassin tripode, usage qu’il accompagnait systématiquement, nous le savons, de l’Eau de Cologne qu’il affectionnait tant et dont il faisait un usage pour le moins gargantuesque.

L’athénienne aujourd’hui conservée au Musée du Louvre fut un des rares biens pour lequel Napoléon était pris d’affection. Il en témoigne dans son testament où « l’inventaire de [ses] effets que Marchand gardera pour remettre à [son] fils » précise qu’il lègue au Roi de Rome (1811 – 1832) « [son] lavabo, son pot à eau et son pied ».