Modeste terre isolée au beau milieu de l’Atlantique, à 2000 kilomètres de l’Afrique et à 3000 kilomètres du Brésil, l’Île britannique de Sainte-Hélène n’offre pas le climat tropical auquel on pourrait s’attendre. Une chance sans doute pour le Mamelouk Ali (1788 – 1856) qui y trouva ainsi les ingrédients nécessaires à la reconstitution empirique de l’Eau de Cologne de l’Empereur.

Les Anglais, aide précieuse dans l’importation des ingrédients nécessaires à l’Eau de Cologne.

Découverte au XVIe siècle par un navigateur portugais, l’île surprend par son climat tempéré, son eau douce et sa prodigalité. Fameux navigateurs, les Britanniques s’emparent de Sainte-Hélène au XVIIe siècle et ont l’heureuse idée d’y introduire des citronniers, ingrédient essentiel à l’Eau de Cologne. Puis c’est le sémillant botaniste William John Burchell (1781 – 1863) qui s’installe sur l’île pour en étudier la flore de 1805 à 1810. Cinq années durant lesquelles notre scientifique introduisit des plantes du monde entier, révélant une parfaite inconscience quant aux risques que ses expérimentations allaient faire courir aux espèces endémiques. Ironiquement, les sujets de la perfide Albion préparèrent le terrain pour la future conception de l’Eau de Cologne.

Cette petite île volcanique de 122 km2 présente de splendides paysages à la végétation méditerranéenne et aux falaises - parfois escarpées - tombant à pic dans l’Océan Atlantique - © tdm2015ec.over-blog.com

Puis c’est François Antommarchi (1780 ou 1789 – 1838), médecin de son état, qui est dépêché sur l’île en 1819 par Maria Letizia Bonaparte (1750 – 1836), la mère de l’Empereur. Durant ce séjour, il rédige une « Esquisse de la flore de Sainte-Hélène » publiée en 1825 et dont les fielleux Anglais diront qu’il s’agit d’un « travail de médiocre qualité » (William Botting Hemsley, botaniste) mais qu’importe, il nous est bien suffisant pour entrevoir les ingrédients auxquels le Mameluck Ali eu accès pour reproduire la chère Cologne de l’Empereur.

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La flore méditerranéenne de Sainte-Hélène.

L’Eau de Cologne est constituée d’essences de citrus, de bergamote, de cédrat, d’huiles de romarin, de fleur d’oranger, de lavande et de cannelle. Chaque recette introduit des variantes par ajout ou retrait d’ingrédients. Le Mamelouk Ali n’était pas sans l’ignorer lorsqu’il entreprit de reproduire au mieux la fragrance. Ainsi, le travail d’Antommarchi nous permet d’appréhender la flore à laquelle le parfumeur en herbe eu accès. Mélisse, fausse marjolaine (mais également odoriférante), thym, romarin, absinthe, angélique, muscade, écorce de citron et giroflée des murailles (font les fleurs ont un parfum ressemblant à celui du clou de girofle) poussaient librement et à portée de main. Quant aux aromates souvent utilisés dans la préparation de la Cologne (cannelle et cardamome notamment), il est très envisageable que le ravitaillement de l’île par les navires de la Compagnie britannique des Indes Orientales ait pourvu au manque de ces ingrédients.

Si Napoléon contesta rapidement les compétences médicales d’Antommarchi, il ne remis certainement pas en doute son goût pour la botanique qui, peut-être, participa à l’amélioration de la recette du Mamelouk.