La première moitié du XIXe siècle ignore encore tout des festivités de Noël sans pour autant être épargnée – du moins dans les classes sociales les plus aisées – par la distribution de cadeaux à l’occasion de la nouvelle année. Cette tradition des étrennes suit aussi Napoléon sous les latitudes de Sainte Hélène. Offrir des étrennes signifiait maintenir son rang, un respect de l’étiquette plutôt qu’une nécessité pour l’Empereur qui ne s’avouait pas déchu.


La tradition des étrennes à Sainte-Hélène.

Fraîchement débarqué à Sainte-Hélène le 17 octobre 1815, Napoléon n’arrive pas seul. Son petit entourage a connu les grandeurs de l’Empire ; il est certainement inenvisageable pour Bonaparte de les rendre témoins d’une déchéance quelconque de sa personne. Dès sa prise de possession de la résidence de Longwood, l’Empereur rétabli l’étiquette stricte qui régissait la vie aux palais des Tuileries. Or cette étiquette que l’on pense d’abord contraignante pour son entourage l’était tout autant pour lui. En la faisant appliquer à la règle, Napoléon était parfaitement conscient des devoirs qu’elle lui imposerait pendant son exil. Le 10 décembre 1815, jour de l’emménagement à Longwood, l’imminence des étrennes ne se fait que trop sentir. Mais la perfide Albion semblait bien décider à sournoisement déranger cette tradition en choisissant pour terre d’exil cette Sainte-Hélène aride sur laquelle aucun orfèvre ou joaillier, artiste ou tapissier n’avait jamais eu l’heureuse idée de s’établir. C’est donc dans ses biens personnels et les précieux reliquats de son fastueux passé que Napoléon puisera pour honorer sa petite cour.

Vous aimez cet article ?

Tout comme Bonaparte, vous ne voulez pas être dérangé sans raison. Notre newsletter saura se faire discrète et vous permettra néanmoins de découvrir de nouvelles histoires et anecdotes, parfois peu connues du grand public.

Les cadeaux offerts par Napoléon à Sainte-Hélène.

On ne connaît malheureusement pas précisément les meubles et objets emportés précipitamment par Napoléon et ses compagnons d’exil lors du départ pour Sainte-Hélène. Et pour cause, la plupart furent purement et simplement volés par les fidèles de l’Empereur dans l’unique but de lui plaire. Les journaux et archives de ceux qui eurent l’insigne honneur d’être admis en présence de Napoléon pendant son exil rapportent quelques-uns des cadeaux qu’il fit à l’occasion des étrennes. Emmanuel de Las Cases (1766 – 1842) note dans son journal à la date du 30 décembre 1815 qu’il s’est vu offrir par l’Empereur « un petit cadeau, bien léger à la vérité », d’après Napoléon lui-même, consistant en un traitement mensuel prélevé sur une somme dérobée à la vigilance anglaise.  En janvier 1816 Bonaparte offrit à Jane et Betsy Balcombe, les filles de William Balcombe (1777 – 1829), agent de la Compagnie des Indes chez qui il résida à son arrivée, deux tasses du cabaret égyptien, des pièces issues du service en porcelaine de Sèvres auquel l’Empereur tenait tant qu’il refusait qu’on s’en servit au quotidien de peur de le casser.

Rare assiette du service en porcelaine de Sèvres dit des « Quartiers Généraux » emportée durant l’exil à Sainte-Hélène. Elle fut très certainement offerte à un compagnon d’exil par l’Empereur lui-même. © Le Parisien

Le service dit des « quartiers généraux »  – qui ne connut aucun met sainte-hélénois pour les mêmes raisons que celles qui proscrivaient l’utilisation du cabaret égyptien –  fut également amputé de certaines pièces l’année suivante lorsque pour leurs étrennes, Napoléon offrit à Madame de Montholon et Madame Bertrand une assiette chacune du précieux service. Ce même mois de janvier 1817, le baron Gourgaud (1783 – 1852) rapporte que l’Empereur offrit des objets plus personnels : à Madame Bertrand une boite à bonbons jadis offerte par Pauline Bonaparte et à Gourgaud une lorgnette que l’Empereur tenait de la reine de Naples, sa plus jeune sœur. À Bertrand il offrit un jeu d’échecs puis disputa avec lui une partie après la distribution des cadeaux. En janvier 1818, les étrennes se réduisent à des bonbons contredisant les prédictions très aventureuses de Madame Bertrand qui s’attendait à des « cadeaux somptueux » dont on peine à comprendre d’où lui venait cette idée au vu de la situation géographique de l’île. Ces témoignages de moments joyeux illuminent l’idée souvent terne que chacun se fait de l’exil de Bonaparte. Les usages chers à l’Empereur demeurent malgré les restrictions. L’exil se colore ainsi de ces moments charmants et bourgeois propres à rendre le quotidien plus supportable, découvrant le visage intime d’un Bonaparte aussi impérial qu’attentionné.