À la suite des Cent-Jours (de mars à juillet 1815) - la courte période où Napoléon reconquit le pouvoir après sa seconde abdication - la défaite décisive de Waterloo (22 juin 1815) se paya au prix fort pour les vainqueurs. Les pertes humaines suffirent à prouver que Napoléon représentait une menace pour la paix européenne future à moins qu’on ne l’envoya en une terre recluse, éloignée de tout. Car l’Empereur, même vaincu, semblait avoir la même détermination que le phénix à renaître de ses cendres.


L’exil exigé par les puissances européennes.

Alors que la défaite de Waterloo signe la fin imminente des Cent-Jours, Napoléon se rend volontairement aux Anglais à qui échoit la responsabilité de choisir son lieu d’exil. Alors que l’Empereur déchu espère pouvoir se rendre aux Etats-Unis, la Grande-Bretagne est chargée de le tenir sous bonne garde avant que ne soit déterminé le lieu où il sera envoyé. Car les alliés et signataires du Traité de Paris (qui acte la première abdication de Bonaparte le 10 février 1763) sont unis dans leur intransigeance à envoyer Napoléon là où il sera dans l’incapacité totale et certaine de revenir en Europe pour semer – selon leur crainte – le désordre et le chaos. Parallèlement, les alliés que forment les souverains européens goûtent peu ce fervent soutien reçu par Napoléon durant cette dernière période mouvementée.

Napoléon à bord du Bellerophon. Peinture de Sir William Quiller Orchardson (1832-1910), exposée en 1880 - © Wikipedia

Son parfum hérité de la Révolution n’a pas, en effet, le loisir de leur plaire ce qu’attestent partout en Europe les soutiens de Bonaparte. Ces derniers voient en ce général Corse parti de si peu un des plus importants personnages de son temps, un précurseur pour une « administration et une justice modernes, pour la méritocratie et le principe révolutionnaire d’égalité devant la loi. » (Alan Forrest, in Napoléon à Sainte-Hélène, La Conquête de la Mémoire, Gallimard / Musée de l’Armée). Dans ce contexte, le choix de Sainte-Hélène n’apparaît pas autant comme une évidence que comme un soulagement. Derrière un altruisme de façade qui justifiait ce choix par un climat sain et un éloignement qui permettrait de traiter avec une indulgence toute particulière l’Empereur déchu, se cache une véritable volonté d’isoler le général sur une terre entourée de bien plus de flots que sa Corse d’origine.

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Le débarquement de l’Empereur à Sainte-Hélène.

Le 15 juillet 1815 aux aurores, Napoléon embarque sur le Bellérophon battant pavillon anglais à destination de Plymouth au sud de l’Angleterre, port duquel il partira à bord du Northumberland le 7 août à destination de Sainte-Hélène. Son voyage dure plusieurs mois et il débarque finalement sur l’île le 17 octobre. Le domaine de Longwood qui lui a été attribué n’est pas encore prêt et il doit, en attendant la fin de l’aménagement, demeurer dans la propriété de William Balcombe (1777 – 1829), agent de la Compagnie des Indes avec qui il se lie rapidement d’amitié. Le 10 décembre 1815, l’Empereur déchu peut enfin emménager dans sa dernière résidence de Longwood, une maison sans confort que le petit cercle de ses fidèles s’évertuera d’adoucir jusqu’au dernier souffle du général.

Dans ce souci de lui être agréable, le service domestique est rapidement mis en place. Le service intérieur et extérieur est assuré par Louis-Joseph Marchand (1791 – 1876), premier valet de chambre dévoué et fidèle de Napoléon depuis l’âge de 20 ans. Il est assisté dans sa tâche par le Mamelouk Ali (1788 – 1856) avec qui il se lie d’une forte amitié. Le maître d’hôtel Cipriani et le chef Michel Lepage assurent le service de bouche tandis que quatre valets de pied entretiennent les feux, allument les bougies, dressent les tables et répondent aux demandes de l’Empereur et de ses officiers.
Bien que son entourage se dévoue corps et âme pour son bien-être (jusqu’à recréer son eau de Cologne !), Napoléon ne peut faire fi du contrôle de son courrier, de ses promenades strictement encadrées ou de la surveillance des dépenses de sa maison. Bonaparte mourra sur cette île isolée en mai 1821 en même temps que naîtra sa légende sur le continent qui l’avait exilé.